PAR AMADOU FALL

Des complaintes déchirent le silence somptueux des milieux d’affaires ouest africains, sorties non de gorges profondes, mais du tréfonds de personnes dûment responsabilisées par leurs pairs pour porter leur voix.

Une de leurs récriminations, et pas des moindres, demeure contre la marginalité du patronat local sur l’échiquier économique régional, par rapport au capital occidental. Et pas seulement. Les irrite également une certaine tendance à la désuétude de la «préférence nationale» face à des intérêts asiatiques envahissants et une virulente concurrence africaine étrangère aux communautés économiques ouest africaines.  L’adhésion prochaine  du Maroc à la CDEAO, leur apparait, à cet égard, lourde  de menaces pour leur avenir…

Il est on ne peut plus normal que des opérateurs économiques exigent la priorisation de leurs droits et responsabilités d’acteurs de développement à l’échelle de leur propre pays ou espace régional, comme il en est de la souveraineté absolue de leur Etat.

Il ne s’agit point là de ce nationalisme étriqué et xénophobe dont se réclament les tenants et affidés politiques et économiques des partis extrémistes de droite qui, sous d’autres latitudes, en Occident plus qu’ailleurs dans le monde, refusent l’ouverture et l’intégration aux autres, un plus juste et équilibré partage des richesses propres à l’humanité entière.

La revendication nationale et régionale est, de notre côté, infiniment plus légitime, car émanant d’hommes et de femmes dont les pays ont payé de lourds tributs pour la création et l’accumulation de richesses outre Atlantique, et même dans le septentrion africain.

Et il est entendu qu’il est impossible à une nation de réaliser pleinement son développement économique et social sans une solide base endogène, pas essentiellement des matières premières du genre pétrole, gaz et autres, mais également et surtout des ressources humaines de qualité et des chefs d’entreprise qui croient en leur pays, qui y ont toute la latitude d’investir, de créer et d’innover, pour le présent et les générations à venir.

Ces exigences n’ont sans doute pas échappé aux différents régimes qui se sont succédés à la tête des Etats ouest-africains. En attestent les «opérateurs économiques» créés ex-nihilo dans la première décennie des indépendances et financés avec l’argent public par le canal de banques de développement. Il s’y ajoute différentes réformes pour améliorer l’environnement des affaires et stimuler les investissements, le retour des institutions publiques de financement de l’entreprise et du développement.

Par le passé, les résultats n’avaient malheureusement point tenu la promesse des fleurs, fondamentalement parce que ceux dont les Etats avaient financé la transformation en patrons d’entreprises n’en avaient pas l’étoffe, les compétences managériales, les ambitions et pour le moins les vertus et l’endurance.

En revanche, des opérateurs économiques autochtones, «self made men» partis de rien, dont de l’informel, et d’autres qui ont su fructifier leurs héritages, investissements et compétences intrinsèques, ou qui ont eu le bénéfice d’appuis, de coups de pouce locaux et étrangers, ont tiré et continuent de tirer leur épingle du redoutable jeu de l’entreprise et des affaires. Ils se battent, chaque jour, pour faire reculer les limites à leur dynamisme et expansion. Ceux-là ont absolument le droit d’être exigeants envers les Etats, en termes de conditions d’existence et d’évolution meilleures sur l’échiquier économique national et régional, et surtout par rapport à la concurrence étrangère.

Les investisseurs, d’où qu’ils puissent arriver, sont les bienvenus, si tant est qu’ils contribuent à l’accroissement des richesses nationales et régionales ainsi qu’à leur redistribution, à leur partage sur des bases justes et équitables. Et que les avantages et facilités qui leur sont offerts, en contrepartie, ne leur servent d’armes supplémentaires pour achever le phagocytage du patronat «indigène» entamé en d’autres temps…

Un autre souci, celui-là interne, est qu’aux flancs du patronat autochtone légitime s’agitent des affairistes usurpateurs de l’étiquette de chefs d’entreprise ou de la responsabilité d’en représenter une partie. Ils sont prompts à faire feu de tout bois, à énoncer des exigences dont ils n’ont aucunement le répondant réel, en termes de création ou de possession d’entreprise, et pour le moins de production ou de services. Ces requins, très à l’aise en eaux troubles, profitent d’accointances sociopolitiques, pour briller d’un faux éclat et faire leur business sur le dos de l’Etat et du contribuable.  Le monde des affaires, c’est également cela. Toujours est-il, que dans le patronat, il importe de bien distinguer la bonne graine de l’ivraie…

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