Cette maladie respiratoire évolutive touche aujourd’hui presque autant les femmes que les hommes, mais la gent féminine atteinte de BPCO est largement sous-diagnostiquée, et le retard dans la prise en charge thérapeutique a un lourd impact sur la santé des malades…

BPCO. Quatre lettres pour désigner une maladie largement méconnue. Pourtant, la bronchopneumopathie chronique obstructive, de son nom complet, est une pathologie qui toucherait 2,5 à 3 millions de personnes en France. Caractérisée par un essoufflement et une obstruction des voies aériennes, la BPCO est une maladie chronique dégénérative principalement causée par le tabac, et son impact est lourd sur le quotidien des hommes et femmes qui en souffrent.

A l’occasion de la Journée mondiale de la BPCO ce mercredi 15 novembre, la Fédération française de pneumologie et la Société de pneumologie de langue française (SPLF) rappellent que cette maladie touche aujourd’hui presque autant de femmes que d’hommes, et que celles-ci sont plus vulnérables face à la BPCO. D’où l’importance d’un diagnostic précoce.

Explosion des cas de BPCO chez les femmes

Malgré les idées reçues, « la BPCO est loin de ne toucher que les hommes de plus de 60 ans gros fumeurs, toussant et crachant en permanence, insiste le Dr Anne Prudhomme, pneumologue au CHU de Tarbes et responsable du groupe femme santé et respiratoire de la SSPLF.

Le nombre de femmes touchées par la BPCO a doublé ces vingt dernières années en France et aujourd’hui, la maladie touche presque autant de femmes que d’hommes ». L’origine de ce mal ? Si la BPCO est multifactorielle, « elle est dans 80 % des cas la conséquence directe du tabagisme », explique le Dr Maeva Zysman, pneumologue au CHU de Nancy et membre de groupe femme santé et respiratoire de la SSPLF.

L’exposition à la pollution de l’air, qu’elle soit liée aux fumées de bois ou de charbon, aux produits d’entretien à la maison ou à des produits chimiques utilisés dans certains secteurs d’emploi, sont autant de facteurs de risques de la BPCO. Mais un fumeur sur trois développera une BPCO.

« Les courbes épidémiologiques montrent que les pays où les femmes ont commencé à fumer tôt enregistrent une augmentation des cas de BPCO, poursuit le Dr Zysman. D’ailleurs, le tabagisme in utero est sans doute sous-estimé dans le déclenchement de la maladie ».

« Je suis un bébé des années 1970, le tabac a très tôt fait partie de ma vie, in utero, enfant au petit-déj, alors c’est très naturellement que j’ai commencé à fumer vers l’âge de 15 ans, raconte ainsi Frédérique Vincent, pharmacienne de 47 ans. Dès l’enfance, j’ai toujours eu quelques troubles respiratoires, des bronchites. Puis j’ai senti progressivement que j’avais moins de souffle », se souvient-elle. « Cinq cigarettes par jour, ou quinze paquets fumés par an suffisent à déclencher la maladie », avertit le Dr Prudhomme.

Un large sous-diagnostic et une plus grande vulnérabilité

Pricipalement sous l’effet du tabac, la BPCO détruit progressivement les alvéoles pulmonaires, ces petites poches grâce auxquelles l’oxygène passe dans le sang, et entame la capacité respiratoire des personnes atteintes. Bien qu’elle soit professionnelle de santé et que son père ait lui-même une BPCO, Frédérique n’a jamais pensé que ses problèmes de souffle puissent être symptomatiques de cette maladie.

« J’ai toujours fait beaucoup de sport, je sentais bien au niveau du souffle que je n’étais pas au maximum de mes capacités, mais jamais je n’aurais fait le lien entre mon essoufflement et la BPCO. Pour moi, c’était une maladie de vieux », confie celle qui a arrêté la cigarette à chacune de ses grossesses pour reprendre après la naissance de ses enfants. « Au départ, j’étais juste essoufflée à l’effort », puis les choses ont empiré. « Jusqu’à un matin, je devais avoir 38 ans, et d’un coup j’ai eu beaucoup de mal à reprendre mon souffle, comme si quelqu’un était assis sur ma poitrine ».

Face à la BPCO, les femmes sont plus vulnérables que les hommes et risquent de développer plus tôt la maladie. « En fumant la même quantité de cigarettes, une femme souffrant de BPCO aura des symptômes plus sévères qu’un homme, sa capacité respiratoire sera plus atteinte : elle sera davantage essoufflée et sujette à d’importantes toux », explique le Dr Prudhomme.

Et si le sous-diagnostic est associé à cette forme de bronchite chronique du fumeur, les femmes sont encore moins bien diagnostiquées que les hommes et accusent « un retard de diagnostic de 10 à 15 ans », déplore la pneumologue Anne Prudhomme. Or, prise en charge tardivement, la maladie se développe de manière irréversible.

« LA BPCO est une maladie chronique, évolutive et dégénérative, elle doit être dépistée et traitée le plus tôt possible, parce que la capacité respiratoire perdue ne se retrouve jamais », alerte Frédérique. C’est pourquoi « le médecin généraliste doit être la clé de voûte du diagnostic », plaide la pneumologue Anne Prudhomme. Une « check-list », un ensemble de questions spécifiques, permet au médecin de déceler la BPCO. Un test de souffle permet ensuite de poser le diagnostic.

Après le diagnostic, la réhabilitation respiratoire

Une fois le diagnostic posé, il faut mettre en place l’accompagnement thérapeutique du patient. Ou plutôt sa « réhabilitation respiratoire », précise le Pr Bruno Housset, professeur de pneumologie, chef de service au CHIC de Créteil et président de la Fondation du souffle. « Parce que l’essoufflement dû à la BPCO est une souffrance, c’est un mécanisme qui passe par les voies de la douleur et qui génère beaucoup de fatigue », souligne le pneumologue. Première mesure indiscutable : « arrêter définitivement de fumer ». « J’ai senti que c’était une question de survie, confirme Frédérique. En trois mois, j’étais sevrée et en six, j’avais arrêté la cigarette pour de bon ».

Si un traitement médicamenteux peut s’avérer nécessaire pour certains patients, « la réhabilitation respiratoire passe aussi et surtout par la pratique d’une activité physique régulière », prescrit le Pr Housset. Escalade, course à pied ou ski : Frédérique applique au quotidien ces recommandations. « Je fais du sport au moins trois fois par semaine, même quand je n’ai pas la pêche, livre Frédérique. Quand on a une BPCO, on ne se bat pour aller mieux, mais pour que son état n’empire pas. En s’investissant à fond dans sa réhabilitation, on apprend à mieux connaître son corps, à le protéger, éviter coups de froid et infections. Pas question de laisser la maladie gagner du terrain ».

20minutes.fr

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